A la découverte de Freud au Mahj

2018 est une date anniversaire : le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme s’offre pour ses vingt ans une exposition célébrant Sigmund Freud, patriarche de la psychanalyse à la judéité ambiguë. Bénéficiant du commissariat de Jean Clair, l’exposition « Sigmund Freud. Du regard à l’écoute », la première en France consacrée à l’explorateur de l’inconscient, ouverte depuis peu, est à visiter jusqu’au 10 février 2019.

Nul autre que Jean Clair ne pouvait assurer le commissariat de cette exposition. Le dialogue entre l’art et la science est un thème de prédilection pour cet historien d’art, et la psychanalyse, discipline carrefour entre le rêve et l’image, l’intéresse d’autant plus particulièrement. Est-ce une revanche – refoulée ? – à la mésaventure de l’exposition « L’âme au corps. Arts et sciences 1793-1993 » présentée à l’hiver 1993 au Grand Palais, qui, alors que les chiffres de fréquentations décollaient, avait dû s’interrompre brutalement suite aux chutes de boulons dans la Grande Nef ? Jean Clair apporte à cette exposition sa touche personnelle, c’est-à-dire une approche pluridisciplinaire et encyclopédique mêlant histoire des arts et des sciences.

Le propos de l’exposition

Aussi surprenant que cela puisse l’être, il n’y a jamais eu d’exposition consacrée entièrement au père de la psychanalyse, et cela se ressent à travers celle proposée par le Mahj. Le propos est ambitieux : explorer toutes les facettes de ce personnage qui était lui-même un explorateur de son temps, un touche-à-tout bouleversé par les découvertes et les évolutions de ce XIXe bouillonnant auxquelles il a contribué. De façon scientifique et artistique, Jean Clair nous présente toutes les facettes de Sigmund Freud, pour la plupart inconnues du grand public. Ainsi, le visiteur découvre tout à tour un Freud neurobiologiste, ses liens avec les plus grands scientifiques et évolutionnistes, son goût pour les antiques, son invention de la psychanalyse et de sa science des rêves, avant un bref aperçu de sa conception de la sexualité, de ses liens avec le surréalisme et enfin avec Moïse et le judaïsme. Gros programme nous direz-vous, mais subtilement agencé argumenterons-nous.

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André Brouillet Une leçon clinique à la Salpêtrière, 1887 Huile sur toile, 300 x 425 cm © Paris, université René Descartes, musée d’histoire de la médecine, dépôt du Centre national des Arts plastiques

En effet, bien que les espaces du musée dédiés à cette exposition temporaire soient assez restreints à de nombreux endroits, la liaison entre toutes ces parties se fait de façon fluide, guidée par les textes introductifs facilement repérables. Par ailleurs, le texte est partout : sous forme de cartels explicatifs, de citations courant le long des cimaises, de livres et d’ouvrages ouverts exposés et d’explications de principes théoriques et scientifiques. Si les panneaux introductifs suffisent à comprendre l’essentiel de l’exposition, le visiteur curieux et passionné y trouvera largement son compte, à condition d’y passer un temps très conséquent. Cette exposition est vraiment faite pour le plus grand nombre, tout en étant très pointue et approfondie.

 

La scénographie est particulièrement bien faite à l’aide des tons chaleureux des cimaises et du bonne alternance entre beaux-arts et objets scientifiques. Mention spéciale au choix muséographique du placement des parties concernant sa collection d’antiques et de la naissance de la psychanalyse avec le divan dans la mezzanine, la dimension réduite de ces pièces s’y prêtant tout particulièrement. Cependant, si nous devions faire une critique du parcours, elle concernerait la relégation dans la dernière salle du lien entre Freud et le judaïsme. Alors qu’en première partie, Freud nous est présenté comme éloigné de ses traditions familiales juives pour des raisons cartésiennes, l’explication de sa relation à la religion au tout dernier moment nous a laissé une sorte de frustration, comme une explication trop rapide de ses croyances qui semblent pourtant traverser l’ensemble de son Œuvre. Peut-être serait-il alors intéressant, à l’occasion d’une autre exposition, de davantage développer ses liens avec la tradition juive et de ce que cela aurait impliqué dans ses travaux.

Les œuvres de l’exposition

Pas moins de deux cent pièces jalonnent le parcours pour illustrer de manière extrêmement diversifiée la vie du psychanalyste : objets scientifiques, gravures, ouvrages, revues scientifiques ou littéraires, dessins ou peintures se côtoient, rendant compte des multiples facettes du travail et des sensibilités de Freud. Ainsi, chacun peut y trouver son compte, du féru de psychanalyse à l’amateur d’art, montrant surtout que la frontière ne se situe pas là où on l’attend. De l’esthétisme de certains schémas dessinés par Freud lui-même, tels les Ganglions spinaux et moelle épinière de la lamproie marine (1876-1878), en passant par les intrigantes études du visage et de ses expressions par la phrénologie, mais aussi une reconstitution de son bureau-cabinet des antiques, qui nous révèle un véritable collectionneur, amateur d’objets antiques.

 

Ainsi, vous pourrez approcher en toute intimité certaines pièces maîtresses de l’histoire de l’art, de L’Origine du monde de Courbet, accompagnée du panneau-cache réalisé par André Masson pour son cousin alors possesseur du tableau qui n’était autre que… Jacques Lacan (à noter que les deux tableaux sont pour la première fois réunis !), à la Fontaine de Duchamp. D’ailleurs, les grands noms qui ponctuent l’exposition font tourner la tête – Courbet, Rops, Redon, Schiele, Klimt, Chirico, Dali, ou encore Rothko – tout comme le nombre de prêts de grandes institutions françaises et européennes, mais aussi de collections privées.

 

Du regard à l’écoute et de l’exposition à l’auditorium

En parallèle de l’exposition, une série de rencontres et de conférences est organisée par le musée pour approfondir certains points abordés par les différentes salles du parcours dont la richesse est reflétée par le programme de ces séances. Dans le cadre de son partenariat avec le Mahj, Florilèges se propose d’en donner ponctuellement un compte-rendu. Voici le programme :

– Mercredi 7 novembre 2018 à 19h30 : L’empreinte du judaïsme sur la psychanalyse (par Gérard Haddad)

– Mercredi 14 novembre 2018 à 19h30 : Freud entre visible et invisible (par Jean Clair)

– Mercredi 5 décembre 2018 à 19h30 : Freud et la psychanalyse face à la montée des périls (avec Laurence Kahn et Jean-Michel Rey, rencontre animée par Emmanuel Laurentin)

– Mercredi 12 décembre 2018 à 19h30 : Freud et les écrivains, Freud écrivain (avec la participation de Jacques Le Rider et Michel Gribinski, lecture de textes par Martin Ploderer)

– Mercredi 9 janvier 2019 à 19h30 : Freud neurologue et biologiste (avec François Ansermet, Laura Bossi et Lionel Naccache, rencontre modérée par Antoine Mercier)

– Mercredi 23 janvier 2019 à 19h30 : Les rêves et leur interprétation (avec la participation de René Levy et Andreas Mayer)

– Mercredi 6 février 2019 à 19h30 : Pourquoi Moïse ? (par Sylvie Anne Goldberg)

Alix Meynadier, Nicolas Fiquet et Marine Baron

Crédits image à la une : Max Halberstadt, Portrait de Sigmund Freud, 12 février 1932 Photographie © Londres, Freud Museum

Plus d’informations :

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Exposition « Sigmund Freud. Du regard à l’écoute », du 10 octobre 2018 au 10 février 2019 au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan – 71, rue du Temple – 75003 Paris

Horaires d’ouverture de l’exposition

Mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h

Mercredi de 11 h à 21 h

Samedi et dimanche de 10 h à 19 h

Informations

http://www.mahj.org

01 53 01 86 65

info@mahj.org

Tarifs :

Plein tarif : 10 € ; tarif réduit : 8 €

5€ pour les 18-25 ans résidents européens

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