Sur mesure : les 7 unités du monde

Pour échanger et coopérer, le monde entier s’accorde sur sept unités de mesure fondamentales et universelles. Quatre d’entre elles sont sur le point d’être redéfinies lors de la vingt-sixième réunion de la Conférence générale des poids et mesures qui se tiendra à Versailles en novembre prochain. Pour célébrer cet événement et valoriser des pièces exceptionnelles encore jamais sorties des réserves, le Musée des Arts et Métiers lui consacre une exposition, du 16 octobre au 5 mai 2019, qui explore la mesure sous tous ses angles. Du sextant de Ramsden à l’horloge des heures inégales, en passant par la « machine à sonder l’âme des foules », le parcours révèle les préoccupations des sociétés passées et contemporaines.

1775 - 1780 sextant de Jesse Ramsden
Sextant de Jesse Ramsden, vers 1775

Un défi de médiation

La longueur s’exprime en mètre, la masse en kilogramme, le temps en seconde, le courant électrique en ampère, la température thermodynamique en kelvin, la quantité de matière en mole et l’intensité lumineuse en candela. Ce ne sont pas ces unités qui vont changer mais leur définition. L’objectif de la Conférence à venir est de fonder les définitions de ces unités sur des phénomènes physiques reproductibles et non plus sur des référents matériels susceptibles de s’altérer, comme c’est encore le cas pour le kilogramme.

Machine à voter dite Pséphographe, Eugeno Boggiano, 1906.

Le  thème est passionnant, mais abrupt. Il célèbre un événement aux répercussions abstraites et le véritable défi, parfaitement assumé, de l’exposition est celui de la médiation. L’exposition cible un public élargi et espère accueillir de nombreux groupes scolaires, qui sont au cœur des attentions de l’équipe scientifique avec trois parcours de visites scolaires et quatre ateliers pratiques et ludiques autour de l’exposition. Bruno Jacomy, commissaire de l’exposition a donc voulu réaffirmer le rôle pédagogique qui a toujours été celui du Musée des Arts et Métiers. Le musée est aussi un lieu de réflexions sur nos pratiques contemporaines. En effet, l’exposition qui part d’un fait d’actualité, envisage la mesure dans le rôle social, économique, et politique que lui ont donné les êtres humains du XVIIIème au XXIème siècle.

L’idée est aussi de replacer le musée dans son époque, d’en faire une structure tournée vers les préoccupations de son public, et vers ce présent où l’on tend à tout quantifier, jusque dans l’intimité quotidienne, et où la question de l’utilisation des données collectées fait débat. Vingt-deux pièces exceptionnelles et inédites ont été sorties des réserves, et l’exposition est complétée d’un parcours « fil rouge » dans les collections permanentes, qui revalorise certaines pièces choisies.

De la mesure en toute chose

Le parcours proposé dans l’exposition est ingénieux car progressif. On commence par être immergé dans des espaces quotidiens. Celui de la circulation routière, où l’on mesure la vitesse, et celui de la maison qui abrite de nombreux appareils qui quantifient, comme le verre gradué, le réveil, le thermomètre ou encore le smartphone qui invite la mesure jusque dans notre poche.

Ces premières salles insistent sur l’omniprésence de la mesure dans notre environnement quotidien. Le premier temps de ce parcours invite aussi le visiteur à s’interroger sur les écueils de la « pifométrie », cette science imprécise si présente dans le langage et qui nous fait dire « un soupçon de poivre » ; « gros comme une maison » ou encore « trois fois rien ». Le parcours et les objets fantastiques qu’il déploie invitent non seulement à envisager les nombreux besoins liés à la mesure mais aussi l’incommensurable. Les phénomènes perceptifs, comme les couleurs, échappent aux tentatives de normalisation des perceptions individuelles. Toute mesure est prise à l’aune de quelque chose. Les premières unités, toutes relatives, se référaient au corps humain. Le premier outil de mesure est la main : on parle alors de pouce, de palme, de coudée. C’est autour de l’être humain et de ses activités que naît le besoin de mesurer. Le parcours aborde la place de la mesure dans notre langage, mais aussi le rôle symbolique que peuvent avoir certaines quantités précises dans le paysage mental de l’Homme du XXIème siècle, à l’instar de la solennelle « minute de silence ».

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Panoplie d’outils de précision, Paris, vers 1870

L’exposition prend pour point de départ l’invention du système métrique, en 1793, avec le moule qui a permis de couler le premier étalon-mètre en platine et iradium, dans la cour même du Conservatoire des Arts et Métiers. Au lendemain de la Révolution française, les cahiers de doléance expriment volonté populaire d’une unification du système de mesure, car la mesure juste signifie la fin de l’arbitraire seigneurial dans le prélèvement des taxes. En 1793, mesurer c’est émanciper. Mais la mesure est ambivalente, et plus tard mesurer, c’est aussi contraindre : l’horloge pointeuse, datant des années 1920, servait à vérifier la présence au travail de chaque ouvrier et à calculer son temps de travail. Les circonstances de l’inventions des machines présentées sont ainsi mises en valeur.

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Mesures-étalons anglaises pour les liquides, vers 1870

La machine a cela d’essentiel qu’elle opère avec régularité, selon un mécanisme constant. Ainsi, dans la mesure du temps, décompter est plus facile si chaque minute ou chaque heure est égale aux autres. L’horloge japonaise à heures inégales présentée dans l’exposition, datant du XIXème siècle, invite à se demander qui, de l’humain ou de la machine, donne le ton. Au Japon, jusqu’au XIXème, les jours et les nuits sont systématiquement divisés en six parties dont la durée varie selon le moment de l’année et la position de la terre par rapport au soleil. Les ingénieurs japonais ont déployé une ingéniosité incroyable pour adapter leurs instruments à leur perception de l’espace-temps. Cependant, l’inverse est parfaitement envisageable et l’omniprésence de machines à quantifier peut indéniablement agir sur notre rapport au monde.

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Horloge japonaise à heures inégales, début XIXe siècle

Des-mesures et désordre

Dans la salle suivante, ambiance sonore. Un orchestre s’accorde. C’est ainsi qu’est introduite l’idée d’une nécessaire unification des différentes unités de mesure. En 1789, en France, plus de sept cents manières de mesurer coexistent. Cela rend la gestion collective et la coopération impossible. Cette partie du parcours, plus technique, fait intervenir des interviews d’experts, mais également des anecdotes qui rendent très concrètes les difficultés rencontrées par les partenaires mondiaux pour accorder leurs violons.
L’une d’entre elles est éloquente. En 1999, dans le cadre du programme Mars Surveyor 98, la NASA fait décoller la sonde spatiale Mars Climate Obiter. Elle explose en vol, au moment d’entrer dans l’orbite de Mars. Pour calculer sa trajectoire, la NASA avait employé un sous-traitant britannique, qui travaillait toujours avec le système de mesure anglo-saxon, tandis que le NASA avait déjà opéré sa transition vers le système international.

malette de pédagogue
Mallette de pédagogue, XIXème

C’est donc une exposition passionnante que Bruno Jacomy et le Musée des Arts et Métiers ont développé, en parvenant à éviter l’écueil d’un propos trop mathématique grâce à de vrais talents de pédagogie et de médiation. Tout en questionnant intelligemment le rôle social de la mesure à travers des objets fascinants, l’exposition s’adresse à tous à travers de nombreux modules interactifs.


L’exposition « Sur Mesure, les 7 unités du monde » se tient du 16 octobre au 5 mai au Musée des arts et métiers, 60 rue Réaumur à Paris.

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