Regard sur le Marché de l’Art #1

Tous les mois environ, Florilèges vous présentera l’actualité du marché de l’art dans le monde pour les grands événements, les plus grosses ventes et aussi, de façon un peu plus développée, de courts comptes-rendus de ventes parisiennes ainsi qu’un petit calendrier des dates à venir. Les amateurs du marché de l’art mais également les curieux pourront ainsi voir des œuvres rares dans les expositions avant les ventes.

Ce mois d’octobre 2018 a été plutôt bien rempli pour l’instant. Malgré le fait que la FIAC prenne une grande place, vous pourrez trouver un deuxième article sur la page de Florilège, qui sera publié dans quelques jours et qui sera entièrement dédié à cet événement.

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La bouteille millésime Macallan (Photo @ Andy Buchanan / AFP).

Au début du mois, une vente aux enchères a attiré notre attention à Édimbourg en Ecosse puisqu’elle a été témoin d’un nouveau record : celui de la bouteille de whisky la plus chère du monde. En effet un millésime 1926 produit par Macallan, dont la bouteille a été dessinée par l’artiste italien Valerio Adami, a été vendu pour la somme record de 848.750 livres (soit près de 950.000 euros). La vente a été réalisée par la Maison Bonhams, basée principalement à Londres et à Edimbourg mais qui a aussi des bureaux à Paris, rue de la Paix, et qui, fière de sa vente, affiche cette bouteille en une de leur site web. Cette bouteille a été acquise par un acheteur d’Extrême-Orient, un des nouveaux grands marchés de la vente aux enchères, notamment avec l’arrivée de grandes maisons basées dans les mégalopoles asiatiques comme Hong-Kong. Cette vente qui a quand même atteint un prix très élevé, confirme l’idée que les 24 bouteilles de ce millésime risquent de faire grimper ce record encore plus haut dans des années proches, car ce nouveau record bat le record d’une bouteille du même whisky vendue à Hong-Kong en mai dernier pour 90 000 euros de moins. Cette bouteille fait donc partie d’une série qui a été séparée en deux, douze bouteilles de part et d’autre qui ont été réalisées par deux artistes différents. Pour celle que nous voyons aujourd’hui, il s’agit de l’artiste contemporain italien Valerio Adami, célèbre pour ses œuvres colorées par de nombreux aplats de couleurs où les formes se dessinent avec des fines lignes noires. De l’autre côté, nous avons Peter Blake, un artiste britannique connu pour des œuvres très colorées qui a été influencé par le dessin industriel. Il fut l’un des précurseurs du mouvement Pop Art anglais et a exposé ses œuvres Pop Art dès 1961 aux côtés de David Hockney. Il est principalement connu dans la culture populaire pour avoir réalisé la pochette du célèbre album « Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles.

Mais bien sûr, l’information essentielle des ventes aux enchères de ce début du mois nous vient d’une vente qui a eu lieu à Sotheby’s Londres et qui a fait énormément de bruit. En effet, une œuvre du street artiste Banksy avait été mise en vente et alors que le marteau venait de tomber, adjudant l’œuvre au prix de 1.185 million d’euros, l’œuvre s’est à moitié autodétruite. L’artiste a publié une vidéo où il explique avoir dissimulé une déchiqueteuse dans le grand cadre doré où se trouvait l’une de ses œuvres les plus connues : Balloon girl.

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Balloon Girl après la destruction partielle (photo : AFP).

L’incompréhension générale a eu l’air d’amuser l’artiste qui a publié une photo sur son compte Instagram avec la légende « Going, going, gone… ». L’artiste qui n’a pas pour réputation d’aimer le marché de l’art a ici montré que son art n’appartenait à personne. Il a toujours montré une forme d’humanisme dans ses œuvres dénonçant le racisme et la xénophobie, par exemple dans des œuvres réalisées à Calais ou encore la maltraitance animale avec plusieurs peintures des zoos anglais. Il acquit sa notoriété notamment avec ses œuvres peintes dans la bande de Gaza où il s’est introduit clandestinement ainsi que sur le mur de séparation entre Israël et la Palestine. Mais en réalité, des journalistes et des experts se sont posés une question légitime à laquelle il est difficile de répondre. Le but de l’artiste était de ridiculiser le marché de l’art, mais Banksy est loin d’être un imbécile, et même s’il ridiculise quelque peu Sotheby’s avec cette action, il y a des conséquences nombreuses et prévisibles qui vont à l’encontre de son action. En effet, ce grand coup est une aubaine incroyable pour Sotheby’s, un véritable coup de marketing gratuit pour la grande maison de vente qui a vu son nom s’afficher dans les journaux du monde entier. Et dans un second temps, et c’est là qu’est le plus gros problème, l’art contemporain est une sorte de bourse qui ne fait que monter. Les artistes ayant les cotes les plus hautes sont souvent devenus célèbres grâce à leur style d’une part mais aussi grâce à leurs prises de position et à leurs actions, ou encore du fait de leur mort prématurée et du temps qui passe comme cela est le cas de Basquiat ou Haring (même si cela n’enlève rien à leur talent). Ici, des experts ont estimé que cette action avait déjà fait doubler la valeur de l’œuvre sur le marché. Tout cela rend difficile la prise de position de Banksy qui, même s’il détruit une de ses œuvres pour lutter contre le marché, ne fait que donner encore plus de place et une plus grande médiatisation à ce dernier. Conclusion : ce coup d’éclat lui donne la parole et le médiatise ce qui est bien pour son combat d’une part, mais il aide son « ennemi » à se développer et fait grimper les prix de ses œuvres.

Le 27 septembre dernier, la maison de vente Sotheby’s (toujours elle) a organisé la vente aux enchères de la collection d’un célèbre particulier, Daniel Cordier. Né en 1920, Daniel Cordier a tout d’abord été connu en tant que résistant, il s’est engagé dans la France Libre en juin 1940 et a été le secrétaire de Jean Moulin en 1942-1943 dont il a écrit l’une des biographies. Après la guerre il devient un marchand d’art, critique, collectionneur mais il a également organisé plusieurs expositions. La vente a donné lieu à plusieurs surprises de taille. En effet, certaines œuvre mises en vente ont multiplié par dix voire par vingt l’estimation qui en avait été faite. On peut se demander comment l’expert avait réalisé ses calculs tant ils étaient différents des résultats. On a pu y retrouver plusieurs célèbres peintres modernes et contemporains comme par exemple un tableau de Simon Hantai qui, estimé entre 70.000€ et 100.000€, s’est finalement vendu 465.000€.

On a également pu retrouver Jean Dubuffet ou encore Alfonso A. Ossorio. Ce peintre philippo-américain a connu un immense succès lors de cette vente car six de ses œuvres ont été vendues lors de cet événement, estimées entre 6.000€ et 15.000€, elles se sont vendues pour un total de 661.250€. La plus folle montée des enchères a été pour son tableau Shoulder to Shoulder qui a multiplié le prix le plus haut de l’estimation par dix-neuf passant de 15.000€ à 285.000€. Cette vente aura surement de grandes répercussions sur la cote des deux artistes qui risquent de grimper fortement mais en aura aussi sur les œuvres de Bernard Réquichot, les peintures de l’artiste ont elles aussi multiplié leur prix de vente largement sous-estimé par la maison de vente.

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Shoulder To Shoulder – Alfonso A. Ossorio (photo : Sotheby’s).

L’autre grosse vente de ce début du mois d’octobre qui nous a intéressé est une vente aux enchères de livres et de lettres autographes (entre autres) de grands écrivains français de la deuxième moitié du XIXe siècle. Elle s’est tenue chez Christie’s le 9 octobre. Étant composée de plus de 250 lots, nous n’allons aborder que des pièces rares ou inattendues. Si vous êtes novices dans la connaissance du marché de l’art, peut-être ne savez-vous pas que le marché de la vente de livre est une des catégories les plus importantes du marché et que les pièces, contrairement à ce que l’on pourrait penser, se vendent extrêmement cher. Nous commencerons donc par une première édition d’un livre rare, Les Chants de Maldoror par Le Comte de Lautréamont, de son vrai nom Isidore Ducasse. C’est un poète incompris de la fin du XIXe siècle qui n’a jamais connu le succès de son vivant et qui a connu une gloire post-mortem grâce à ses trois recueils de prose mis en avant par le mouvement surréaliste. Des artistes célèbres comme Philippe Soupault ou encore André Breton évoqueront régulièrement le poète comme une référence et une influence très importante pour leur art. Cette première édition dont il n’existerait qu’une dizaine d’exemplaires dans le monde entier s’est vendue pour la somme de 110.000€.

Poursuivons avec cinq textes autographes qui nous ont beaucoup impressionné et même touché pour certains. Je trouvais intéressant en premier lieu de voir un poème autographe de Mallarmé par l’importance de ce poète mais aussi du fait que ses poèmes sont moins répandus que ses lettres que nous verrons ensuite. Il s’agit de son poème le Tombeau d’Edgar Poe, qu’il a signé de son magnifique monogramme reprenant ses initiales SM. Ce poème s’est vendu pour 110.000€ également. Les quatre autres textes que nous avons choisi d’aborder sont trois lettres datant de la fin de vie d’Arthur Rimbaud et d’un texte de Gérard de Nerval. Les trois lettres traitent toutes de la mort proche du poète qui, revenu à Marseille, parle de l’envoi à sa mère et à sa sœur de sa jambe qu’il va devoir amputer. Datées de moins d’un an avant sa mort à l’hôpital d’un cancer généralisé en novembre 1891, elle se sont vendues 125.000€ et 175.000€ pour les lettres simples mais la troisième, en plus d’être l’un des derniers écrits de l’auteur, est accompagnée de trois petits dessins représentant sa jambe de bois notamment. Celle-ci a, semble-t-il, beaucoup plus intéressé les acheteurs puisqu’elle s’est vendue 405.000€ soit plus de quatre fois son estimation d’origine. Enfin, nous terminerons cette vente avec deux œuvres plus personnelles, il s’agit du dernier écrit de Gérard de Nerval, retrouvé sur son corps le lendemain de son (peut-être) suicide où l’on peut lire la phrase suivante : « Qu’arriverait-il si je mourais ainsi tout à coup ? ». Ce texte dramatique par son contexte et son contenu a attiré les acquéreurs et a été adjugé pour la somme de 102.500€. Enfin la dernière pièce est un autoportrait à la plume de Paul Verlaine. Œuvre de jeunesse, l’artiste se présente de profil avec un dessin un peu caricatural ; ce dessin estimé entre 5.000€ et 7.000€ a finalement été vendu 28.750€.

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Autoportrait – Paul Verlaine (photo : Sotheby’s).

Pour ceux qui ne seraient pas intéressés par les beaux-arts, vous pouvez retrouver les détails de deux autres ventes aux enchères qui se sont déroulées chez Sotheby’s en ce début de mois, la première est une vente consacrée à l’art océanien qui s’est déroulée le 10 octobre, l’autre portait principalement sur de la bijouterie et de la joaillerie de luxe et elle s’est déroulée le 11 octobre.

Pour cette fin de mois, vous pourrez retrouver plusieurs ventes intéressantes. Premièrement, du 17 au 19 octobre ont eu lieu les ventes en résonance avec la FIAC et il y en a pour tous les goûts en termes de beaux-arts. Ensuite, pour celles et ceux qui aiment les sports mécaniques, Drouot a organisé une vente le dimanche 21 octobre avec de nombreuses voitures de collection. Il y aura également des ventes spécialisées en arts africain et océanien à la fin du mois le 30 octobre notamment chez Christie’s. Le 8 novembre 2018, Christie’s organisera également une vente de photographies de l’artiste Hiroshi Sugimoto et d’autres ventes consacrées au japonisme devraient bientôt avoir lieu dans le courant des mois de novembre et de décembre. Du côté de Sotheby’s, les ventes de la FIAC se sont prolongées avec la vente d’une partie des collections de Natalie Seroussi avec des œuvres d’artistes tels que Salvador Dali, Niki de Saint Phalle ou encore Pablo Picasso et Martial Raysse, mais également la vente de nombreux objets des collections de Pierre Bergé, grands collectionneur hétéroclite. Et enfin, la vente Excellence de Sotheby’s composée en majorité d’objets d’art et de mobiliers précieux du XVIIe et XVIIIe siècles. Bien sûr, si vous ne trouvez pas votre bonheur parmi toutes ses ventes, je vous conseille de regarder en direct les ventes que l’on trouve sur les sites des grandes maisons comme la vente des antiques de Christie’s New York où l’on pourra retrouver par exemple des reliefs de rois Néo-Assyriens comme Assurnasirpal II. Si vous préférez les objets d’art plus simples, il vous suffit d’aller sur le site internet de Drouot et vous trouverez à tous les coups votre bonheur.

Crédit image à la une : Sans Titre (Double face) - Simon Hantaï (photo : Sotheby's).
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