Anthropologie et socio-histoire des mondes du savoir, seconde séance d’Histori ENS

Le titre des interventions, en lui-même, est le fruit d’une problématique actuelle en recherche, comme souligné dans le livre de Bruno Bellef en 2016. Même si les deux interventions discutent de sciences dures, ici de physique notamment, ou de botanique, le terme de « sciences » est-il réellement adapté ? La science en tant que fait social intéresse plus le XIXe siècle que l’ère contemporaine. Le parti pris est alors de se référer aux savoirs, pour une décision plus neutre historiquement, le terme « sciences » ne désignant pas les mêmes faits au cours des siècles. De plus, les savoirs et méthodes évoluent considérablement à travers les époques.
La question de l‘anthropologie s’est aussi posée, au sens où des courants se distinguent dans la façon d’étudier l’Histoire des savoirs. Certains étudient cette Histoire « par le bas », l’anthropologie, et d’autres la sociologie. Cette seconde tradition se réclame des travaux de Bourdieu tel qu’Homo Academicus.
C’est ici ce que José Beltran et Pierre Verschueren, respectivement ATER à l’ENS et ancien élève de l’ENS d’Ulm, un moderniste et un contemporanéiste, ont essayé de montrer à travers une exposition de leurs recherches.

Des dénominations et problématiques de la recherche

Ces interventions, particulièrement riches, proposent un véritable état des lieux de la recherche, non seulement de son état actuel mais aussi de celui des problématiques rencontrées par les jeunes chercheurs.
Pierre Verschueren traite ainsi d’une sorte d’hybridité de sa thèse, entre l’Histoire et la sociologie, et de la difficulté de naviguer entre les deux mondes : d’être trop historien pour un sociologue et inversement.
José Beltran, qui traite de la période moderne, soulève le point de la complexité des archives, qui peuvent être imperméables à toute lecture extérieure, ainsi que de celle de la recherche sur l’époque moderne. Il présente également la question de la construction des connaissances des champs : les analyses factorielles, plébiscitées par Bourdieu, ne sont pas adaptées à toutes les époques.

Des évolutions rencontrées et pointées

L’appréciation des variations des sciences et de leur perception permet d’inférer des changements sociétaux.
Les exemples les plus flagrants se trouvent dans les rapports de thèse relevés par M. Verschueren. On peut ainsi trouver citée une appréciation de la possibilité de publication aux Etats-Unis publiée dans les années 1945 par De Breil , lorsqu’en 1961 Pierre Roger vante un de ses doctorants à travers sa résonance déjà acquise dans les revues américaines. Il note également la croissance du travail d’équipe, celle du nombre de membres de jury de thèse (114 en 1961 contre 51 à la sortie de la guerre). Le monde change alors drastiquement en quelques années, notamment vis-à-vis des financements.
Ce monde n’a que peu à voir avec celui présenté par le second intervenant qui se concentre sur le XVIIème siècle. On y découvre une prédominance du mythe dans la science, une figure du génie masculin, même si le début du XIXème siècle a fortement contribué à modeler l’image du passé tel que nous le connaissons.

Une vision différente de la science et de la recherche

Le fait de présenter deux périodes historiques permet une étude plus complète et accessible de l’évolution des sciences et leur pratique au fil du temps.
Ainsi, le fait au XVIIIème d’user de mains invisibles pour noter des choses n’a plus que peu à voir avec les pratiques contemporaines, où le travail en équipe est nommé. De même, les notes de lecture dominent les travaux des botanistes cités, tels que Cuvier qui a cherché à présenter les flores australes, alors qu’on pourrait s’attendre à trouver principalement des croquis de plantes. Cette pratique, partagée avec les naturalistes, étudiant les sciences de la nature, accrédités par l’État, peut rappeler le monde de la recherche du siècle dernier.
M. Verschueren présente notamment les plans Monnet, pour mettre en valeur les problèmes de financement du gouvernement, dont la mobilisation de Joliot auprès des associations scientifiques pour tenter de donner une voix, une argumentation.

Cette seconde séance d’Histoire à travers champ(s) permet donc à la fois un état des lieux et des réflexions sur les savoirs et les sciences, mais aussi un aperçu des difficultés rencontrées en tant que jeune chercheur actuellement. Par un compte rendu de deux travaux de thèse, on peut également avoir un panorama des évolutions de pratique à travers le temps et l’Histoire.

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