La rencontre de la Mort, l’ultime rencontre ?

Dans le cadre de son cycle de conférences autour du thème de la rencontre, l’Aumônerie de l’Ecole du Louvre accueillait mardi 6 Novembre le père Jean-Jacques Danel, spécialiste du patrimoine franciscain et ancien professeur à l’Ecole du Louvre, pour nous parler de la rencontre avec la mort et sa représentation dans l’art, un sujet audacieux mais qu’il sut traiter avec justesse et intérêt. 

Parler de rencontre quand on évoque la mort, c’est avant tout se situer. Si la mort débouche sur la disparition totale de la personne, il ne peut y avoir de rencontre.
Évoquer la mort et ses représentations touche à la fois à l’anthropologie, à la philosophie, aux croyances des différentes religions etc qui viennent éclairer plus ou moins des questions que l’Humanité se pose depuis tous les temps. Que se passe-t-il au moment de la mort ? Y-a-t’il une vie après la mort? Sous quelle forme ? Dans quel « lieu » ? Les réponses à ces questions vont évidemment varier selon les époques, les religions, les sociétés et les civilisations. On pourrait donc brosser un tableau comparatif à partir de la description du Paradis par exemple chez les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans ou de définir ce qu’est l’âme, entre les religions animistes et monothéistes.
Pour bien comparer, il faut connaitre et revenir à une source indispensable : la Bible. Il faut connaitre les textes de référence lorsqu’on fait de l’histoire de l’art puisque c’est là la clé de compréhension réelle de l’œuvre.

La rencontre avec la mort dans l’Ancien Testament

Le questionnement sur la mort et l’immortalité est aussi ancien que l’Humanité. Il a été au cœur des grandes civilisations et produit des images et des récits à l’instar de l’épopée de Gilgamesh, l’homme qui ne voulait pas mourir, et la conception du voyage funéraire de l’Egypte antique. Il faut à présent se concentrer sur les quelques tribus qui vont devenir le peuple juif et qui vont apporter au Moyen-Orient la singularité du monothéisme.

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Crédits : http://www.interbible.org

Le fait que ce soit une religion monothéiste est dû à la révélation d’un Dieu qui va s’affirmer comme le Dieu de ce peuple et ce peuple aura un Dieu. La question centrale pour ce peuple pendant très longtemps est l’Alliance nouée entre un Dieu et un peuple et la question de la Loi. Dieu l’a donnée et c’est ce qui va permettre de former ce peuple autour d’elle. La question de la mort pour les Hébreux n’est absolument pas la question principale. Dans les écrits du judaïsme primitif, ce qu’il y a après la vie c’est le Sheol. C’est un terme difficile à traduire, c’est le « lieu de la non-vie », le lieu où on va quand on est mort, tout en n’étant pas défini. Il va falloir attendre le Xe siècle av. J.-C. et la constitution progressive d’un corpus biblique pour qu’émerge la question de la vie et de la mort, de la vie après la mort.

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Marc Chagall, le désespoir de Job

Le premier livre sur le sujet est le Livre de Job. Job est l’homme béni des dieux car comblé. Or, tout ce qu’il a va lui être retiré et il va se retrouver nu sur un tas de fumier avec la question : pourquoi cela lui arrive-t-il ? Il y aura d’abord une forme de résignation avec la mention du Sheol comme vide intégral. Dans le même livre, petit à petit, au chapitre 19, se trouve une autre affirmation totalement contradictoire : « Je sais que mon rédempteur est vivant et qu’au dernier jour, je ressusciterai de la terre et de nouveau, je serai revêtu de ma peau et dans ma chair, je verrai Dieu. » C’est la première fois qu’est fait mention de la rencontre entre l’homme et Dieu au-delà de la vie. Cependant, cela est tellement étrange qu’il s’agit peut-être d’un rajout postérieur.

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La destruction de Jérusalem, Chroniques de Nuremberg, 1493, BNF de Paris.
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Ezéchiel et les ossements desséchés, 1670,  Musée National de l’Education

En l’an 587 av. J.-C., Jérusalem chute. Le temple va être détruit et rasé et la population déportée à Babylone. Cet évènement est vécu par le peuple comme une forme de mort. Tout ce que Dieu avait donné leur est repris. Est-ce que ce petit peuple emmené loin de sa terre va pouvoir revivre un jour ? Le tableau de l’incendie du temple de Jérusalem issu des Chroniques de Nuremberg (1493, BNF de Paris) montre le temple en flamme. Ce qui est marquant ici, c’est qu’il n’y a plus personne dans la ville qui ne parait pas tant détruite que ça. Ce sont les prophètes Isaïe et Ezéchiel qui vont petit à petit essayer de comprendre pourquoi s’est arrivé, pourquoi cet anéantissement (questions que l’on peut aussi se poser dans nos propres vies). Par leur paroles, il y aura une promesse de résurrection, c’est-à-dire d’un retour sur leur terre, une forme de retour à la vie. Au chapitre 37 du livre d’Ezéchiel, le prophète a en effet la vision des ossements desséchés : il est emmené en esprit dans une vallée où il n’y a plus que des squelettes et le souffle de Dieu va venir sur ses ossements en les réanimant en chair et en os. Les premiers Chrétiens vont évidemment lire cet épisode comme une première annonce de la résurrection promise.

L’autre point concerne la rencontre difficile et violente et le choc qu’il va y avoir à l’époque hellénistique. Après les conquêtes d’Alexandre le Grand, ses généraux règnent en Judée sous le nom des Séleucides. C’est donc une forme d’occupation du pays qui va vouloir imposer une culture et une religion. Pour le peuple hébreux, il y aura donc un combat à mener pour en partie intégrer ce que la Grèce apporte et en même temps rester fidèle à leur religion et à leurs principes. Ces thèmes sont par ailleurs tout à fait d’actualité… La philosophie grecque sera donc assimilée, et avec elle la figure de Platon, celui qui a amené l’idée d’un jugement : l’homme, au moment de sa mort, est jugé sur ce qu’il a fait ou non. Ce concept qu’on pourrait prendre pour religieux est donc avant tout philosophique. Chez Platon, il y a aussi l’idée de l’immortalité de l’âme : quand le corps n’existe plus, il ne reste plus que l’âme.
A cela va s’ajouter la notion du martyr. Comme il y eut une résistance des Juifs qui a été un véritable combat contre la domination grecque amenant plusieurs révoltes dont celle des Macchabées, beaucoup de Juifs sont morts pour leurs idées et Dieu. La question est donc : est-ce que Dieu peut laisser dans le Sheol des gens qui sont morts par respect à la Loi, par fidélité à Dieu ? Petit à petit va s’affirmer l’idée que celui qui est mort pour Dieu, qui a subi le martyre, celui-là va ressusciter.

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Rembrandt van Rijn, Le festin de Baltazar, 1635, National Gallery de Londres

Le tableau de Rembrandt tire son iconographie du Livre de Daniel, un jeune homme qui vit au moment où le peuple à été déporté à Babylone et qui a une capacité à interpréter les songes. Ce roi, qui est en train de festoyer avec les objets pris dans le temple de Jérusalem, aurait aperçu une main écrire sur le mur derrière lui : « Dieu a «compté» les années de ton règne et les a menées à leur terme. Tu as été «pesé» dans la balance et l’on a trouvé que tu ne fais pas le poids. Ton royaume a été «divisé» pour être livré aux Mèdes et aux Perses« . Peu de temps après, cela s’accomplira et le roi sera tué. C’est une des rares représentations de cet Ancien Testament dans lequel se forment petit à petit toutes les notions ensuite intégrées par le christianisme. Rembrandt avait également un lien particulier avec le monde juif puisqu’il côtoyait leur communauté à Amsterdam.

La rencontre avec la mort dans le Nouveau Testament

Le massacre des Innocents 

La mort est présente dès le début de l’Évangile puisqu’à peine évoquée la naissance de Jésus, on parle du Massacre des Innocents : par peur de perdre son pouvoir, le roi Hérode ordonne le massacre de tous les enfants nés à Bethléem (Matthieu, II, v. 16-18). Assez vite, les Chrétiens vont faire un rapport entre ce massacre des Innocents et la mort de l’Innocent, de Jésus lui-même. Dans l’Évangéliaire d’Egbert, la forme des enfants est étrange mais ils sont surtout tous semblables : c’est l’Enfant lui-même, ce que représente l’enfance qui est tué. Le même sujet est peint par Nicolas Poussin mais au contraire, on est là dans la dramatisation de l’évènement. Il représente UN enfant et sur le même sujet, à des époques différentes, sont exprimés des sentiments et des réalités de lectures très différents.

La réanimation des morts 

Dans les Évangiles, il y a 3 récits de miracles de Jésus qui va ressusciter les morts. Le terme de résurrection n’est ici pas tout à fait approprier puisque c’est un état définitif, il faudrait parler de réanimation, un retour à la vie temporaire. Le premier épisode est celui de la veuve de Naim (Luc, VII) que représente ici Lenardi de façon théâtrale avec un adolescent qui lève les deux bras vers le ciel, comme une réponse au geste du Christ lui-même. Le deuxième est celui de la fille de Jaïre (Marc, V, v. 22-43) représenté par Maurice Denis, figure importante dans le renouveau de l’art sacré du XXe siècle. Le Christ est représenté de dos, faisant le lien entre le monde de dehors et de monde de dedans, l’arc-en-ciel étant le symbole de l’Alliance. Cette fille de Jaïre est en réalité représentée avec les traits de son épouse Marthe qu’il vient de perdre. Cette dernière va d’ailleurs être un sujet de nombreuses fois peint dans des iconographies liant la vie et la mort.

Le troisième récit et le plus connu est celui de la résurrection de Lazare (Jean, XI), représenté ici par Duccio dans sa Maesta. Un des personnages se bouche le nez puisque les textes précisent qu’au bout de 3 jours resté dans le tombeau, Lazare « sent« . La composition est par ailleurs très proche de celle qu’il fait pour le Christ qui descend aux Enfers. Maurice Denis a aussi peint ce thème mais en le situant en Bretagne, dans les carrières de Ploumanac’h. Il y a donc un certain nombre d’œuvres dont les lectures sont différentes, notamment à partir de ce que l’on peut supposer de ce que le peintre a voulu montrer : pour Maurice Denis, cela est un moyen d’exprimer sa foi. On est alors en droit de se demander pourquoi Jésus ne réanime que 3 personnes ? Ce n’est en effet pas le nombre qui importe, c’est le signe que ça donne : Il est plus fort que la mort mais ne veut pas faire échapper l’Homme à son destin. Et pourquoi devons-nous passer par la mort ? Cela reste un mystère à la lecture des textes.

Le Christ au Jardin des Oliviers

Il y a beaucoup d’enseignements du Christ qui touchent à la question de la mort ; il va principalement affirmer qui il est Lui. Dans l’Évangile de Jean, chap. VI, v. 40 : « Celui qui voit le Fils et croit en lui aura la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier jour« . Le Christ parle en fait très peu de ce qu’il y a après la mort. Ce qu’il affirme c’est qu’Il est la vie et pour l’avoir, il faut passer par Lui. Il nous dit donc où est la vie. La mort, le Christ va la rencontrer lui-même lors de sa Passion qui commence au jardin des Oliviers. Alors qu’il sait qu’il va vers la mort et l’affronter, il rentre en lien avec son Père : « Père, est-ce qu’il est possible que cette coupe s’éloigne de moi« , ce qui serait à traduire par « dois-je vraiment passer par-là ? »… Cette angoisse du Christ est très importante, rendue par les textes par la mention qu’il suait et pleurait du sang. C’est précisément ce que représente Philippe de Champaigne dans son tableau. Gauguin représente plutôt la solitude du Christ puisque tous ses amis s’endorment, une toile peinte dans les derniers instants du peintre lui-même, plongé dans un questionnement sur la maladie et la mort.

Le Christ en Croix

La question de la représentation de la mort du Christ est centrale et n’était pas évidente dans les premiers siècles du christianisme. La croix n’était en effet pas représentée puisqu’elle était objet de scandale et donc les premières représentations dans l’art paléochrétien sont le poisson et le chrisme ou alors le Christ mais sans croix, vivant. S’en suit des représentations de Croix glorieuses comme celle de la basilique St Prudentienne, de Croix en arbres de vie… L’idée n’est pas de représenter la souffrance du Christ mais un mystère : on veut représenter ce que signifie la mort du Christ, un acte de don de vie.

Le grand tournant de ce type de représentation arrive au XIIIe siècle avec Cimabue et Giotto où on commence à représenter le Christ en tant qu’homme qui a souffert. C’est une vraie révolution dans le monde religieux et donc dans le monde artistique puisque c’est le début de l’insistance sur l’humanité du Christ et donc sa souffrance. Au XVIIe siècle, on a une forme de retour à un équilibre entre la représentation de la réalité et la transcendance de la souffrance, illustrée ici par le tableau de Philippe de Champaigne du musée du Louvre. Ce tableau est en réalité plus qu’une simple représentation du Christ en Croix puisque le crane est celui d’Adam et par sa mort, le Christ a racheté le péché originel, puis à gauche se trouve le serpent écrasé par une pierre, une pomme entre ses griffes. On a là une construction théologique autour de la faute originelle et son rachat par le Christ. On passe donc du Christ encore vivant, au Christ souffrant dans son humanité jusqu’à cette forme équilibrée de la représentation du crucifiée au XVIIe siècle, en train de se tourner vers son Père et amenant des éléments symboliques qui appellent à la méditation. Le thème de la mort va devenir, au-delà de l’aspect sensible, une réflexion à part entière, un objet central dans la vie des contemporains : la question principale de la vie est « comment vais-je mourir et comment me préparer à mourir? ». Derrière cela se cache la peur de l’Enfer et l’art du XVIIe siècle français revient sans cesse sur ce thème de la méditation sur la mort de comment s’y préparer.

Dans les représentations du Christ en Croix, il n’est pas seul car il est entouré des deux larrons, parfois avec également un certain nombre de personnes. Dans la peinture de Mantegna, le mauvais larron est du côté de l’obscurité, tandis que le bon est du côté de la lumière et de la vie, avec saint Jean, la Vierge et les autres. Chez le Titien, il y a vraiment une rencontre entre Jésus et le larron. Dans les textes, cet épisode se situe au chapitre 23 de l’évangile de Luc, verset 34. Lorsqu’on parle d’ultime rencontre, c’est pile le moment illustré, juste avant la mort où il y a un dialogue entre les deux « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume » – « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis« . C’est la seule fois où le Christ évoque le Paradis dans les textes. Parce qu’il a reconnu en Jésus celui qui est plus fort que la mort, alors il pourra rentrer lui aussi dans cette forme de vie même s’il n’y a aucune précision sur ce qu’est cet endroit. Les Évangiles ne nous donnent pas beaucoup d’éléments sur ce qu’il se passe après la mort mais qu’il y a toujours la possibilité d’entrer dans ce Paradis à partir du moment où il y a une rencontre effective avec le Christ.

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Le Christ en croix avec la Vierge, saint Jean et sainte Marie Madeleine, le Maître de la vie de la Vierge, vers 1465, Pinacothèque de Munich.

Au pied de la Croix, on trouve très souvent saint Jean, celui qui voit et qui perçoit les choses invisibles aux yeux des autres. Selon lui, il aurait compris que le Christ a donné sa vie et qu’il est au-delà de la mort : en offrant son corps et son sang, il ouvre une possibilité de vie. Jean sera d’ailleurs celui qui reconnaîtra le Christ avant tous les autres au moment de la résurrection. Cette vision est liée à la foi : celui qui croit voit des choses que les autres ne peuvent pas voir. Il y a aussi la Vierge avec le thème de la Piétà qui va connaitre une très grande fortune dans l’art occidental, recueillant sur ses genoux le Christ. C’est le rapprochement ultime, la rencontre entre la mère et son fils mort. Le thème de la femme qui perd son enfant est d’ailleurs un sujet très récurrent dans l’art, suscitant beaucoup d’émotions, historiquement parlant.

Le Christ mort : les déplorations

Ce thème de la Piètà va connaitre une évolution avec les déplorations : la mort du Christ va devenir l’objet de la méditation et on va retrouver autour de lui des personnages qui n’ont rien à y faire historiquement. On peut représenter notamment saint François d’Assise qui a beaucoup prié à propos de la mort du Christ et l’artiste l’a représenté comme présent pour symboliser l’attachement du saint à ce moment du Christ. Il est important de mentionner que ces œuvres ont servi de support à la prière et à la méditation et en représentant saint François, c’est une façon pour les fidèles de rentrer eux aussi dans cette douleur. Cela amènera à quelques déviations comme le dolorisme par exemple.

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Mantegna, Le Christ mort, 1480, Pinacothèque de la Brera, Milan.

Les représentations du Christ mort sont assez rares car courtes dans le temps, entre le XVe et le XVIIe siècle. L’idée est de se situer soi-même devant la réalité d’un corps mort, en l’occurrence celui du Christ. Mantegna le représente avec un cadrage tout à fait particulier qui oblige le spectateur à regarder les marques laissées par les clous dans la chair. Nous sommes confrontés et obligés, de face, alors que les autres personnages sont rejetés, mêlant éloignement et proximité : le Christ est loin de nous mais aussi proche puisqu’on est obligé de le regarder. Plusieurs illustrations de ce thème vont être peintes et vont engendrer des réactions différentes. Celle peinte par Holbein est assez poignante, elle a fait scandale puisque c’est un véritable cadavre, la chair est putréfiée et les thanatopracteurs affirment qu’un cadavre de 3 jours ressemblerait vraiment à cela. Il se pourrait alors qu’Holbein ait voulu représenter l’avancée ultime de la mort sur le Christ mais de laquelle il va sortir. Même cette réalité physique de la putréfaction ne va pas l’emporter. Champaigne a aussi choisi un cadrage particulier du Christ sur la dalle de pierre, et on a l’impression qu’on vient de le déposer. Le temps est arrêté, nous sommes invités à contempler cette réalité du corps dans la mort et à réfléchir sur cette vie qui émane de son corps par l’eau et le sang qui sortent de ses plaies fraîches.

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Hans Holbein, Le Christ mort, 1521-1522, Kunstmuseum Bâle.
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Philippe de Champaigne, Le Christ mort, vers 1654, Musée du Louvre.

Le Christ ressuscité

Après sa mort, le Christ est descendu aux Enfers pour ramener à la vie ceux qui sont morts avant lui. Cette rencontre se continue après la résurrection avec l’épisode de Noli me tangere où le Christ apparaît à Marie-Madeleine « Ne me retiens pas« . Le Christ qui tient l’étendard de la croix en signe de victoire sur la mort vient chercher Marie-Madeleine qui est enfermée dans sa tristesse et qui ne le reconnaîtra pas. L’importance de ce texte est de comprendre comment le Christ, dans toutes ses apparitions à Marie-Madeleine et à tous les apôtres, va venir les chercher là où ils sont, retenus dans la culpabilité et les sentiments qui les bouleversent, pour les sortir et les ramener à la vie. La mort n’est en effet pas seulement physique mais aussi psychologique.

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Georges de La Tour, La Madeleine aux deux flammes, vers 1640, Metropolitan Museum of Art, New York.

Après la résurrection, on ne parle plus de Marie-Madeleine dans les textes mais dans l’iconographie, il y a beaucoup de représentations de cette femme qui sont en fait liées à la Légende Provençale : Marie-Madeleine, Lazare et Marthe sont arrivés en Provence et cette première se serait installée dans le massif de la Sainte-Baume où elle a vécu dans la pénitence et où elle eut de nombreuses extases. Cela correspond à un état où l’âme et le corps sont séparés, proche de la mort puisque l’âme se rapproche près de Dieu jusqu’au moment où elle réintègre le corps et vie cela comme une souffrance. Elle est représentée comme pénitente et ce qui l’aide dans sa méditation, c’est le crâne : cette femme est ici en proie directe avec la mort et ce lien doit nous interroger. Cette vanité, qui se développe beaucoup au XVIIe siècle, n’est rien d’autre qu’une réflexion sur la vacuité de la vie. Cela est bien plus ancien que le christianisme puisqu’on le retrouve dans l’empire romain avec le memento mori.

Pour bien des représentations et à partir de ce thème de la mort, comprendre l’origine des images, d’où elles viennent, quelle est leur source première et comprendre que tout ça à évoluer, c’est ce qui fait le métier de l’historien de l’art. C’est à la fois infini et passionnant. Il ne faut pas rentrer dans des interprétations simplement émotionnelles, mais poser les choses, les remettre dans leur contexte et les comprendre. Puis, ensuite, on peut en faire une lecture plus individuelle, en fonction de sa sensibilité, de sa croyance et de son passé. C’est ce qui va faire la particularité du discours sur une oeuvre. Énoncer ce qu’elle provoque en nous.

« La vraie question de la mort, ce n’est pas ce qu’il y a après, c’est ce qu’il y avant » Woody Allen.

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