L’évolution des princesses Disney

Parce que Novembre est arrivé, et, avec lui, le froid saisissant, c’est un peu de douceur que nous vous proposons ce soir. Et pour ce faire, un retour en enfance avec les héroïnes des films Disney. Créée en 1923, la compagnie Disney est aujourd’hui le premier groupe de divertissement du monde. Elle est aujourd’hui très célèbre pour ses longs-métrages d’animations, qui ont été traduits dans des dizaines de langues et vus par des millions de personnes. Et dernière les célèbres chansons et personnages des films, il est intéressant de voir comment ont évolué les princesses Disney, à mesure que les femmes réelles changeaient également.

Les premières héroïnes

La première princesse est Blanche-Neige, en 1938, qui vit dans un château, jusqu’au jour où la reine décide d’envoyer un chasseur pour la tuer. Epargnée par celui-ci, Blanche-Neige va alors errer dans la forêt et prendre refuge dans une maison. Et commencer à faire le ménage. Bien que ne sachant pas qui habite dans cette demeure, elle voit de la poussière et décide de la nettoyer, comme si sa destinée était de prendre le balai. Ceci est très révélateur de la place des femmes à cette époque : tout comme Cendrillon en 1950, la princesse est montrée durant un long moment en train de cuisiner ou de faire le ménage. C’est la même chose dans la vie réelle, où beaucoup de femmes ne travaillaient pas et s’occupaient des tâches ménagères.

De plus, dans ces premiers films Disney, la princesse est une jeune fille naïve, victime d’une malédiction, mais passive : à part pleurer ou se lamenter, elle ne fait rien pour changer les choses. La princesse ne peut être sauvée que par un homme – le prince charmant – et tout tourne autour de cet homme. Cela est par exemple visible dans la chanson de Blanche-Neige « Un jour mon prince viendra » : le seul rêve de la princesse et de trouver un homme.

Cependant la société change dans les années 50, 60 et 70 : les femmes commencent à se battre et ont des revendications. Ces phénomènes de société ont une répercussion dans les films Disney : La belle au bois dormant (1959) sera en effet un échec commercial. Aurore, tout comme l’étaient Blanche-Neige et Cendrillon, est passive : les femmes du début des années 60 ne se sont donc pas reconnues dans cette héroïne inactive. C’est alors que commence une longue période où les femmes sont quasiment absentes des films Disney, comme si la compagnie avait besoin de temps pour s’adapter aux changements de la société.

Les princesses rebelles

C’est en 1989, trente ans après La belle au bois dormant, que la révolution des héroïnes Disney est faite. En effet avec La petite sirène, les princesses deviennent rebelles. Les héroïnes des années 90 veulent être indépendantes. Elle disent ce qu’elles veulent, et se battent pour l’obtenir. Belle dira ainsi « Je veux tout ce que je n’ai pas« , Jasmine déclarera qu’elle souhaite choisir son époux. Cette époque est donc importante pour l’évolution de la compagnie car ces princesses vont rompre avec les premières héroïnes.

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©Disney La petite sirène

Ariel est en effet la première à dire « non ». Elle n’est pas d’accord avec son père, et est prête à tout pour ce qu’elle veut : dire non, se rebeller, s’adapter à une nouvelle vie. De nos jours, cela est critiqué car elle fait toutes ces choses pour un homme qu’elle ne connaît en définitive pas. Cependant, Ariel reste un tournant car c’est la première à prendre réellement son destin en main. Avec la Petite sirène, ce n’est plus le prince qui trouve la princesse, mais la princesse qui trouve le prince.

Une autre évolution est faite en 1991, avec La belle et la bête. Belle, comme Ariel, est rebelle et dit non. Cependant, contrairement aux films précédents, il n’y a plus de coup de foudre entre les deux personnages du film. L’intelligence devient une qualité de la princesse, qui n’est plus qu’une jolie chose, mais également une personne capable de réflexion. Belle est intelligente, et elle a besoin d’une connexion intellectuelle pour être amoureuse : elle et la Bête vont alors parler, lire, manger, s’amuser ensemble… Tout comme les relations de notre monde, les deux personnages vont apprendre à se connaître.

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©Disney La belle et la bête

Les princesses modernes

Une autre révolution est faite en 1998, avec Mulan. En effet, Mulan part à la guerre, apprend à se battre, utilise une épée… Si au début du film l’héroïne est la plus faible du régiment, elle en deviendra la plus forte à la fin. Et cela est une révolution : nous avons vu en effet que les princesses Disney devenaient de plus en plus intelligentes et actives, mais elles restaient douées dans des domaines  »féminins » comme la beauté, l’éloquence, l’esprit. Avec Mulan, les femmes deviennent capables de battre les hommes dans leur domaine de prédilection : le domaine physique et sportif. Les femmes vont devenir de plus en plus bagarreuses et fortes : Mérida (Rebelle, 2010) sera la plus talentueuse au tir à l’arc, Anna (La reine des neiges, 2013) se battra contre des loups…

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©aimeezhou

Les princesses Disney, tout comme les vraies femmes, commencent à faire les choses par elles-mêmes et pour elles-mêmes. Ainsi, dans La princesse et la grenouille (2010), Tiana rêve d’ouvrir son propre restaurant. Pour cela, elle travaille, comme une personne normal le ferait : cela montre que les femmes sont désormais capables de gagner leur vie. A la fin du film, Tiana finit toutefois avec un homme et peut ouvrir son restaurant – en partie – grâce à lui. Cette vision reste longtemps chez Disney, où l’on retrouve toujours la fin heureuse du « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Cette doctrine ne correspond pas réellement à la vraie vie, car de nos jours de plus en plus de personnes sont célibataires et heureuses de l’être.

Disney a donc été critiqué pour cela, et essaie donc de se moderniser un peu dans ses derniers films. La compagnie commence à représenter des femmes de couleurs (Tiana, Vaiana ou Coco), et à rompre avec le « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants« . Débuté avec Rebelle en 2010, les dernières héroïnes Disney (Mérida, Elsa, Vaiana) restent célibataires. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas leur fin heureuse, mais que leur fin heureuse n’est pas d’être avec un homme. C’est de pouvoir être elles-mêmes. De même, la compagnie essaie de se moderniser tout en gardant une once de romantisme. Cela est visible avec Anna (La reine des neiges) : la jeune princesse débrouillarde obtient sa fin heureuse façon Disney avec Kristoff, mais pour la première fois dans l’histoire de la compagnie, la princesse tombe amoureuse deux fois. Elle rencontre Hans, l’aime, puis Kristoff. Cela est plus réaliste, car il est commun d’avoir plusieurs relations avant de trouver la personne idéale : avec Anna, le premier amour n’est plus forcément le dernier.
Toute cette évolution de Disney est résumée dans le film Vaiana (2016) : la princesse, Vaiana, souhaite découvrir le monde et pour cela se rebelle face à son père. Elle quitte alors la maison avec une mission : trouver Maui et lui faire traverser l’océan afin de sauver le monde. Elle répète alors : « Je suis Vaiana, et toi, Maui, tu vas monter dans mon bateau, traverser l’océan et sauver le monde ». Cependant Maui va fuir, car effrayé : Vaiana est alors seule, apeurée également, mais déterminée à continuer sa mission. Elle déclare alors « Je suis Vaiana, et je vais monter dans mon bateau, traverser l’océan, et sauver le monde » : ce changement de leitmotiv est alors une métaphore du changement qui s’est opéré dans le caractère des femmes de Disney – et de notre monde.

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©daqvip9

Les princesses et héroïnes Disney représentent bien les changements de notre société. Des premières héroïnes passives, les princesses vont peu à peu se rebeller et s’affirmer, pour prendre finalement leur destinée en main. Tout comme les femmes d’aujourd’hui, ces princesses souhaitent être vues pour elles-mêmes. La compagnie Disney bien que restant dans une dimension assez simple, essaie de se moderniser. On ne peut que souhaiter qu’elle continue sur cette voie, et s’ouvre d’avantages aux progrès de notre monde. On pourra par exemple penser à la représentation LGBT+ absente des films…


Pour en savoir plus sur cette thématique :

Renaut Chirstian et Keane Glen, Les Héroïnes Disney dans les longs métrages d’animation, DREAMLAND éditeur, 2000

Image à la une : ©epsilonya

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