Ce qui fait de Grindelwald un si bon politicien …

Vous en avez probablement entendu parler, le deuxième volet des Animaux Fantastiques est sorti le 14 novembre. Ce nouveau film de l’univers d’Harry Potter nous permet de découvrir un autre génie du mal du monde magique : Gellert Grindelwald, interprété par Johnny Depp. Cet article n’a pas pour but de faire la critique, ou même le simple commentaire du film, mais de se concentrer sur le caractère génial du personnage. Parce qu’en effet, même si Voldemort et Grindelwald proposent un même but : la domination des moldus ; là où le premier représentait plus le chaos, la barbarie et la magie noire, l’idéologie proposée par Grindelwald est bien plus séduisante, parce qu’elle ne se réclame pas d’une quelconque violence ou d’une quelconque haine, mais s’impose comme le droit naturel des sorciers.

L’analyse qui va être proposée ici est une mise en application d’une conférence de Teresa Marques donnée à l’Unesco le 16 novembre dernier : « How philosophy of language can help us through political new cycles ? ». Dans celle-ci, elle part du constat que les politiciens mentent, et que la philosophie du langage, l’analyse de leurs discours, peut nous permettre de décrypter les vraies idées de l’homme derrière la façade.

L’existence même de cette idéologie de Grindelwald est confirmée quand l’une de ses disciples de celui-ci se réjouit de la fin prochaine des moldus et que Johnny Depp la gratifie d’un magistral « We don’t say such things out loud. », « On ne dit pas de telles choses à voix hautes. ». Il y a donc une manière de dire les choses pour qu’elles soient acceptables. Chez les sorciers aussi il y a donc un art du politiquement correct. Mais plus qu’acceptables, le but de l’homme politique est de rendre son discours séduisant. Le but de Grindelwald est de convaincre le plus grand nombre de monde parce que c’est ce qui fera sa force et sa légitimité.

C’est lors du discours donné à la fin du film (alerte spoiler) dans le tombeau des Lestrange au Père Lachaise que le grand sorcier a la chance de véritablement développer ses idées. Et c’est l’occasion pour nous de voir les deux mensonges les plus présents en politiques : les « Codewords«  et l’aliénation des concepts, leur perte de sens.

D’abord, les fameux « codewords », que l’on pourrait définir comme des mots à double sens dont la signification réelle est souvent raciste, sexiste ou tout du moins injurieuse, mais qui ne sont accessibles que si on les connaît. Par exemple, quand Grindelwald explique que la « magie ne fleurit qu’en de rares âmes » et que les « moldus sont justes différents », il signifie évidemment que les moldus sont très inférieurs, mais il ne le dit pas. C’est l’une des caractéristiques des « codeswords » : la possibilité de déni. Quand on accuse un homme politique, ou une femme d’ailleurs, de tenir des propos racistes en utilisant un « codeword », celui-ci pourra parfaitement nier avoir jamais prononcé un propos raciste. Plus encore, il pourra accuser l’autre d’apporter lui-même la question de racisme alors même qu’il n’en avait fait aucune mention. C’est pour ça que certains scientifiques surnomments les « codewords » les « dogwhistles », sifflets pour chiens en français. A l’instar des chiens qui peuvent entendre des sons très aigus, seuls les sorciers qui pensent déjà que les moldus sont inférieurs se reconnaîtront autour du mot « différents ». Mais ce qui est encore plus impressionnants, c’est que ceux qui sont venus écouter Grindelwald pour voir ce qu’il avait à dire, mais en ayant peur de sa haine des moldus, sont aussi rassurés par le mot « différents ». En somme, tout le monde ou presque est convaincu…

Le deuxième mensonge ciblé est l’aliénation des concepts. C’est à dire quand un politicien se réclame d’un concept ou d’une valeur qui est plus ou moins vidée de son sens, ou alors dont le sens a été modifié. L’exemple le plus frappant cité par Teresa Marques est celui de la propagande en URSS, quand sur les affiches les slogans étaient du type : « pour le bonheur du peuple » ou bien alors « la démocratie au peuple ». Bien évidemment les objectifs politiques soviétiques n’avaient rien à voir avec le bonheur ou bien la démocratie, mais qui ira dire qu’il est contre le bonheur ? La modification du sens des mots fait que l’on ne peut plus être contre. Pour Grindelwald, il prédit lors de son discours la seconde guerre mondiale et explique en substance qu’il faut dominer les moldus pour éviter que cette guerre arrive, et pour les sauver de leur propre barbarie selon ses mots. Et qui ira s’opposer à la protection de l’autre ? à l’empêchement d’une guerre ? Personne.

En somme, Grindelwald incarne la version magique de la vague de populisme qui parcourt le monde actuel, et son discours est tellement bien construit, que le spectateur lui-même, à un moment donné, se demande si Grindelwald n’a pas raison dans le fond. 

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