Le Festival International de la Bande-Dessinée d’Angoulême

Le dernier week-end de janvier a été plutôt festif à Angoulême qui accueillait pour la quarante-sixième fois le Festival International de la Bande-Dessinée. Plus grand évènement du genre en Europe, il accueille chaque année plus de 220 000 festivaliers au coeur de la ville qui habituellement ne compte que… un peu plus de 41 000 habitants. Retour sur cette édition 2019.

Un festival de rencontres

Le festival d’Angoulême est un carrefour d’artistes et spécialistes, toutes nationalités confondues. Le Japon et la culture manga sont de plus en plus mis en valeur notamment cette année par le biais de l’exposition Taiyō Matsumoto ou les nombreuses rencontres et séances de dédicaces : Tsutomu Nihei, Minetaro Mochizuki, Shinichi Ishizuka… Mais les autres nationalités étaient aussi présentes comme le chilien Alberto Montt, le coréen Kim Jung Gi ou encore l’italienne Teresa Radice… Le festival souhaite mettre en avant son envergure internationale qui lui devient de plus en plus chère. En effet, ce n’est plus que la BD francophone qui est mise sur un piédestal mais toutes celles créées dans ce monde. La volonté semble être de faire un festival unique en son genre et par sa grandeur, être le premier évènement BD au palmarès mondial.

De (très) nombreuses activités, toutes de qualité, permettaient des échanges entre lecteurs assidus et auteurs passionnés. Cependant, le meilleur moyen (et le plus simple) pour avoir un échange direct reste la dédicace même si la barrière de la langue est un problème dans certains cas. Les auteurs sont plus accessibles, même si parfois les queues sont longues, et à l’écoute. De la bienveillance et de la gentillesse émanent de la plupart, créent une atmosphère unique et propre à ce festival.

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Cyril Pedrosa dessinant la couverture d’un album des Tuniques Bleues.

Ce sont donc dans les nombreuses zones réservées aux stands des maisons d’édition qu’il est possible d’approcher ces talentueux auteurs. Cette année, la division reprenait celle de 2018 : un espace nommé « le monde des bulles » rassemblait les plus importantes maisons éditions de BD franco-belges et quelques-unes de Comics. Des stands énormes, un monde fou et des dédicaces sur tickets limités. Il fallait donc s’y prendre à l’avance et avoir un programme cadré pour réussir à récupérer les précieux sésames. Mais il y avait aussi divers concours éphémères comme sur le stand des éditions Dupuis où il fallait, par exemple, reconnaitre la couverture d’un album réinterprétée par un dessinateur en donnant titre, auteur, date et numéro afin de remporter le présent dessin. Cyril Pedrosa s’y est notamment collé, les spectateurs devant reconnaitre Les quatre évangélistes, tome 59 des Tuniques Bleues. 

Deux autres espaces, le « nouveau monde » et la « BD alternative », étaient présentés côte à côte et permettaient alors de faire des découvertes souvent assez surprenantes. En effet, ces maisons d’éditions et collectifs indépendants renferment de précieux trésors qu’il est possible d’approcher. De nombreux auteurs vous accueillent, parlent de leur œuvre et de leur vie, des moments d’échanges sincères où la curiosité de l’inconnu s’y mêle. Telle a été cette rencontre avec Rosa B., autrice du blog Insolente Veggie et dont son quatrième album préfacé par Guillaume Meurice a été publié en octobre dernier. Une discussion entre son travail et comment la LPO peut coordonner le transport de chouettes blessées, le tout sur un accent chantant du Tarn. Ce genre de rencontre rend ce festival unique et chaleureux. Les stands des éditeurs étrangers étaient aussi ici présents, permettant d’avoir de très belles sélections scandinaves, québécoises, africaines, moyen-orientales… Qui étaient parfois en langue originale mais souvent en traduction en langue française. Parmi les auteurs présents, l’autrichien Nicolas Mahler dont son dernier album Alice dans le Sussex (L’Association, 2018) faisait partie de la sélection officielle du festival. Il est un des rares auteurs de langue allemande à avoir percé dans le milieu de la bande-dessinée francophone. Il est notamment connu pour ses dessins touchant le monde de l’art de la bande-dessinée ou de l’histoire de l’art en général avec L’Art selon madame Goldgruber, L’Art sans Mme Goldgruber et Maitres anciens en collaboration avec Thomas Bernhard. Dans ce dernier, il revisite le Kunsthistoriches Museum de Vienne.

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Vue d’une partie de l’espace Nouveau Monde / BD Alternative.

Le dernier lieu est « Manga City » qui, comme son nom l’indique, est dédié à cet univers. Un espace près du quartier jeunesse qui accueillait des maisons d’édition de toutes origines, un espace du centre culturel chinois et taïwanais ainsi qu’une salle de conférence et un restaurant de sushis qui embaumait l’espace lors des heures de repas. Ce lieu accueille chaque année de plus en plus de visiteurs. En effet, l’achat de manga a été en hausse en France en 2018 et passionne de très nombreuses personnes notamment sur Florilèges

La BD proche des musées

Le neuvième art s’approche aussi du monde des musées par le biais de collaborations, comme c’est le cas entre le Musée du Louvre et le Musée d’Orsay de Paris avec les éditions Futuropolis (vous aviez déjà peut-être lu cet article sur l’Ile Louvre), Le dernier né est Une Maternité Rouge par Christian LaxLe projet, commencé il y a plus de trois ans, traite un sujet devenu d’actualité il y a quelques mois par le biais du rapport de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy remis au président Emmanuel Macron : la question de la restitution des oeuvres spoliées, notamment celles africaines. Une parution qui tombe à pic pourrait-on dire. Mais ce lien était présent au sein des expositions, on retrouvait des planches originales des Chats du Louvre de Taiyō Matsumoto au sein de celle qui lui est consacrée au Musée d’Angoulême.

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Entrée de l’exposition consacrée à Bernadette Després dans l’espace jeunesse du festival.

En effet, les expositions sont une part importante du festival, les visiteurs peuvent ainsi observer des planches originales et des effets personnels, apportant un aspect historique permettant de rentrer dans l’intimité des dessinateurs et auteurs. Cette année, « Batman 80 ans : un genre américain démasqué » était la plus courue et la plus « grand public », le visiteur devant s’armer de patience devant les deux heures minimum de queue pour y accéder. Parmi celles qui étaient les plus remarquées,« Tom-Tom et Nana : tout Bernadette Després » qui avait l’effet d’une madeleine de Proust. Cette exposition retraçait le parcours de cette grande dame, mettant aussi en avant les autres personnages qu’elle a pu créer comme Nicole, Zaza ou encore Lili. Mais, cette exposition était aussi pour les enfants avec de grands espaces qui leur étaient dédiés afin qu’ils puissent lire et s’exprimer avec des crayons de couleur et du papier. Un espace pour les familles, pour passer du temps ensemble, entre la créativité des petits et les histoires d’enfance des plus grands.

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Vue de quelques planches originales de Milo Manara.

La seconde exposition qui s’est tenue lors de ces quatre jours de festival et qui a été plébiscitée est « Milo Manara, itinéraire d’un maestro de Pratt à Caravage ». Retrospective exceptionnelle sur cet artiste italien, elle permettait de comprendre dans un parcours clair aux oeuvres bien choisies, sa carrière et son évolution artistique. Débutant avec de la bande-dessinée érotique de kiosques, il s’est ensuite penché sur des scénarios plus construits avec comme modèle Moebius et Hugo Pratt comme mentor. Des originaux aux objets personnels de l’artiste, il excellait aussi bien dans la technique de l’encre de chine que de l’aquarelle. La présence de travaux des personnes qui l’ont inspiré, comme Federico Fellini, permettaient de comparer et ainsi mieux décrypter les multiples détails présents chez lui.

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Sunny, pages 145 et 146 du volume V, Taiyō Matsumoto, 2014. Vue de l’exposition qui lui est consacrée.

Cependant, il n’est pas trop tard pour découvrir deux expositions au Musée d’Angoulême. Ce musée à la muséographie incroyable expose jusqu’au 10 mars « Taiyō Matsumoto, dessiner l’enfance » et « Richard Corben – donner corps à l’imaginaire ». La première est d’une douceur surprenante face à la dureté des sujets qui peuvent être exprimés, peut-être est-ce dû à l’utilisation de couleurs diluées et claires. Une autre culture, un autre monde où certains traumatismes d’enfance remontent, sont exprimés par l’auteur. Sa vie transparait dans son œuvre, comme le fait que des personnages féminins arrivent au commencement de l’implication de sa femme dans la réalisation de ses ouvrages. Tout est parfaitement bien expliqué, reprenant les codes des expositions habituelles des musées. C’est aussi le cas pour celle sur Corben, permettant de découvrir l’univers de cet américain qui a révolutionné l’univers des Comics et des dinosaures. Les salles pastels du département beaux-arts du musée donnent encore plus de vie et de couleurs à son Oeuvre. Peut-être un peu moins adaptée aux enfants, elle est parfaite pour ceux qu’ils veulent découvrir la culture américaine et un aspect de son industrie littéraire.

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Vue de l’exposition consacrée à Richard Corben.

Une autre exposition, plus secrète pourrait-on dire, était celle du résultat du concours « Transmurailles », ouvert aux détenus d’établissements pénitentiaires, qui se tenait à l’étage des locaux de l’association FIBD. 98 planches en provenance de 27 établissements pénitentiaires ont été reçues, toutes suivaient la thématique de cette année qui était « la mer ». Les traits ressortant le plus étaient le souvenir de famille et l’écologie, des détenus talentueux qui n’ont rien à envier aux auteurs professionnels.

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Détails d’une planche représentant la Baie d’Authie dans la Somme réalisée par un détenu lauréat du concours « Transmurailles ».

Des prix remarqués

Le festival d’Angoulême est aussi reconnu pour sa compétition officielle et les différents prix délivrés, récompensés par une statuette du « Fauve », mascotte dessinée par Lewis TrondheimCette année, 68 ouvrages prenaient part à cette sélection qui sur les stands s’apparentait à une marque, un gage, de qualité. Dans le palmarès Officiel : le prix du meilleur album a été délivré à Moi, ce que j’aime, c’est les monstres par Emil Ferris aux éditions Monsieur Toussaint Louverture ; le prix spécial du jury à Les Rigoles de Brecht Evens aux éditions Actes Sud ; le prix de la série à Dansker par Halfdan Pisket aux éditions Presque Lune ; le prix révélation à Ted, Drôle de coco par Emilie Gleason aux éditions Atrabile ; le prix jeunesse à Le prince et la couturière de Jen Wang aux éditons Akileos ; le prix patrimoine à Les Travaux d’Hercule (1847) de Gustave Doré aux éditions 2014 ; le Fauve Polar SNCF à VilleVermine de Julien Lambert aux éditions Sarbacane ; le prix de la BD Alternative à Expérimentations de l’association Samandal.

Dans le palmarès Découvertes : le prix des écoles d’Angoulême a été délivré à La boîte à musique par Gijé et Carbone aux éditions Dupuis ; le prix des collèges à La Brigade des cauchemars par Franck Thilliez, Dumont Yomgui et Drac aux éditions Jungle ; le prix des lycées à Il faut flinguer Ramirez de Nicolas Petrimaux aux éditions Glénat.

Le Grand Prix a été décerné à Rumiko Takahashi.

Le Prix René Goscinny a été décerné à Pierre Christin notamment pour le scénario de Est-Ouest.

Le Prix Konishi a été décerné à Dead Dead Demon’s Dededede Destruction de Inio Asano qui a été traduit en français par Thibaud Desbief et qui a été publié aux éditions Kana.

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L’édition 2019 du festival était donc encore une fois bien remplie et cet article ne traite hélas pas de tous ses aspects. Il n’est qu’un florilège de ce que propose ce festival pendant quatre jours et a pour but de vous le faire découvrir un peu plus en profondeur. En effet, il est chaque année une date, si ce n’est la date, des plus importantes de l’agenda BD mais n’est réellement connu que par les amateurs confirmés.

L’avenir de la BD semble prometteur au sein de la France. En effet, le ministre de la culture Franck Riester souhaite faire de 2020 « l’année de la bande-dessinée ». De nombreux projets devront s’épanouir partout en France, devons-nous nous attendre à une édition encore plus riche du FIBD en 2020 ?

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